Contrairement aux chrétiens et tout comme les Juifs, les Musulmans naissent musulmans et le demeurent jusqu’à leur mort, sauf rares exceptions. Et la force de cette religion, c’est qu’elle vous rattrape quel que soit votre âge, ou que vous soyez. Un monstre qu’on porte en soi et qui s’éveille le moment venu. L’Islam étant religion et Etat , il est de fait, par la volonté du peuple et de l’Histoire, la plateforme sur laquelle s’érige tout état arabe, donne que même les nationalistes arabes, chrétiens soient-ils, tel Michel Aflak, ont dû lui donner la prédominance dans leur vision d’une nation arabe laïque, unie. En Algérie, on est entre Musulmans, de père en fils, et celui qui opte pour une religion autre que l’Islam ne sera pas admis parmi nous . Être chrétien en Algérie, pire encore, être athée ne suscite pas la haine mais la dérision d’abord, car celui qui est en face radote, car il n’y a de Dieu que Allah et Mohamed est son prophète, le plus proche, le plus aimée, le dernier et incontournable des prophètes, qu’après lui il n’y en aura plus, et que Allah est à l’origine de tout, est au-dessus de tout, et il n’est même pas permis de se questionner, même pas admis de « contemplation existentielle », c’est comme ça, tu peux foutre tes philosophes et tes penseurs là où je pense, l’homme est au-dessus de la femme. Dans quelle sourate, ça ? Ta mère !... Et de suite ce qui était dérision vire à l’intolérance, avant l’anathème. Plus est quand l’auteur du « radotage » est une femme qui ne peut qu’être un coffre-fort bien gardé où l’homme range son sexe… et tout ce qui est déplaisant chez une femme est hérésie, comme fumer. Et si fumer chez un homme est considéré comme un plaisir ou un vice, la femme, elle, fait tomber le déshonneur sur la famille. Fumer chez une femme ne relève pas du vice mais s’inscrit dans cette obsession de l’Algérien : la honte. De fait, fumer pour une femme demeure un acte individuel, intime, extrêmement secret, inavouable, même à la plus proche amie qui, elle aussi fume. Il est des algériennes qui elles-mêmes initient un des petits frères à la cigarette pour pouvoir lui en piquer quelques-unes et fumer, et justifier les nuages de fumées persistantes dans la cuisine ou la cour de la maison par : petit frère vient juste de sortir avec une cigarette au bec ! L’homosexualité féminine est chose évidente en Algérie mais indémontrable, que ni les hommes ni les femmes ne peuvent dénoncer car il s’agit de sexe, et le sexe est tabou. Cette tare, si naturelle et si humaine soit-elle, n’existe même pas, d’ailleurs il n’y a même pas de terme algérien qui lui soit approprié. Un secret de femmes, entre elles. Mais que l’on sache que telle ou telle femme fume, les langues se délient, d’abord, particulièrement chez les femmes, entres elles, au hammam : elle fume, elle se prend pour un homme ! qui va l’épouser maintenant ?! Et même quand un homme compréhensif sait que sa femme fume, il refuse qu’on le sache. Toutes se cachent pour fumer. Ce n’est pas par hasard que mon amie Rayhanna, auteure et comédienne algérienne a choisi de titrer sa pièce : A mon âge, je me cache encore pour fumer. Et ce n’est pas par hasard que son agresseur a choisi la cigarette pour l’immoler. Tout un symbole. Le geste du criminel était pensé, calculé pour que cela ait un impact, qu’ont ait peur, et la peur est la sœur jumelle du silence. Rayhanna aussi a choisi l’Exil pour fumer tout son soûl, tranquillement, tout à son aise comme quand on fume une cigarette. Elle semble heureuse. Pourtant, sous son apparence de femme ivre de vie, souriante et prête à la fête, c’est un être ravagée par l’exil et la nostalgie de ce pays qu’elle a dû quitter, plus est, qu’elle ne pourra plus reconquérir et pour cause, elle a épousé un Français, le summum de la contestation et du refus de l’enfermement et de l’anéantissement. Comme si l’exil et le mépris des nôtres ne suffisaient pas à nous tuer, il nous faut la liquidation physique… parce qu’on continue de « radoter ». Pourtant les islamistes le savent : plus on assassine l’autre, plus il se multiplie !... Alors arrêtons la tuerie ! Si on n’a pas pu se tolérer chez nous, faisons de la France un terrain neutre. La question sur la tolérance et la liberté de chacun ne devrait pas englober les actes proprement dits des islamistes mais jusqu’où peut aller la société algérienne dans la condamnation de ceux qui ne lui ressemblent pas ? Le cas de la tentative d’assassinat de Rayhanna s’inscrit dans cette optique qu’ont les Algériens en général, les islamistes en particulier, que toute attaque contre les hommes est foncièrement dirigée contre Allah et son prophète qui soit dit en passant, n’a pas hésité à chevaucher Maria et Sirine, deux esclaves coptes, cadeau de l’empereur perse, et pour justifier cette infidélité à Aïcha, entre autres facteurs, il a institué la polygamie… pour oublier que c’est Aïcha qui a fait Mohamed et non le contraire ! En réaction à cette tentative de meurtre de Rayhanna, personnellement, je continuerai à crier haut et fort que je m’appelle Mohamed et que j’ai le droit d’être athée, que je soutiens Aïcha, et le ferais toujours parce que Aïcha est ma sœur, elle est ma mère, celle que je voudrais ma complice, mon amie, mon amante… et que Mohamed est un homme, et seulement un homme ! Mohamed Mokeddem
positions et point de vue de l'editeur
Le mardi 12 janvier, on a tenté d'assassiner mon amie et compatriote Rayhanna, comédienne et auteure de A MON AGE, JE ME CACHE ENCORE POUR FUMER Aspergée d'essence, on a voulu en faire une torche vivante...